P*R*I*E*R*E*****D*E...

...retourner sur ses pas, de tourner en rond, de se perdre enfin...

Oui, revenez sur les articles que vous avez aimé car j'écris en dépit du bon sens chronologique et mes bulletins sont des graines qui ont besoin de temps pour offrir leurs fruits !

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vendredi 6 février 2009

Parler chinois... Une torture en soi

Ou comment faire germer en soi une langue dont on a pas les graines... Comment en créer les racines, par quel biais tisser une familiarité avec l'autre... Ben y a pas mille moyens :
Grasl'immersion.
'慢慢说'
Sont gentils les chinois, z'ont l'air de comprendre notre douleur... Combien de fois aurais-je entendu dire cette phrase 'Peu à peu, tu parleras' ? Bref, une invitation collective à la patience et à la régularité... C'est vraiment engrammé dans leur esprit ! Et j'en prends de la graine. Tous les jours un peu. Se perdre dans l'autre, ne rien comprendre, accepter d'être ridicule, d'être incompris, de rien piger, d'exiger connement à son insu du 'soja, merde' au lieu de demander un inoffensif et courtois 'soja grillé'... Pfff, c'est marrant d'avoir l'air con.

Donc, pas d'autre solution que l'immersion totale. Tous les étrangers baragouinant le chinois avec panache l'affirment. Le best : se trouver un mec de l'autre bord, de cet autre monde, là, dans lequel on a l'air de vivre mais dont on ne crève en fait jamais la surface, faute de communication. On en reste à des mines, des attitudes, 'Tiens c'ui-là a pas l'air content, i gueule'. M'enfin, le pourcentage d'erreur de cette méthode est très élevé : plus d'une fois, j'ai eu envie de mettre ma main dans la figure d'une vilaine grosse chinoise qui me gueulait dessus jusqu'à ce que je comprenne qu'en fait, elle essayait de m'aider, et sans que je lui demande rien en plus !
Pfff, à ranger dans le dossier 'CHOC CULTUREL'.

L'empire des lignes

Et puis il y a l'écriture....



Les caractères chinois constituent une autre langue, bien à part, presque parfaitement détachée de la langue orale... Du dessin, du croquis de haute couture !!! C'est infernal. Mais à force de m'y astreindre, je remarque le nécessaire engagement de tout le corps, le nécessaire calme de l'esprit.
Quand les lignes résistent...
Cette résorption de l'équilibre, cette harmonie qui se refuse indiquent sans détour un mental brouillon, brouillé... La page me tend un miroir sans concession. Et là, LA, je comprends. Je comprends l'esprit du Gong Fu... Comme le Bagua, la calligraphie est un art d'office, exigeant d'emblée une propension à la méditation, à l'extrême patience. Au retour sur soi. A la perte dans le grand tout. Les arts asiatiques exigent la dissolution de l'ego.






Mais le plus souvent, je perds patience...




Quand toutes les lignes de ces caractères que je ne comprends pas tissent la toile d'une prison sémantique
Quand les caractères me barrent le sens, quand les barreaux de ces caractères hermétiques se liguent contre moi et ligotent mon cerveau
Quand le monde qu'ils désignent me fuit entre les neurones
Quand je donne vainement de la voix à cette écriture muette, noire, figée - butée dans son mystère
Quand les portes du sens ne veulent pas s'ouvrir, quand je ne sais même pas où se trouve la première marche, le premier défi.
Chaque jour je cherche le corps à corps, chaque jour je ne trouve qu'une langue abstraite, une langue fantôme, qui se dérobe, se refuse, corps farouche d'une femme difficile.
La danse n'a pas encore eu lieu.